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VOYAGE EN INDE (par Joël Feydel)
Salut,
Ayant oublié la campagne pendant 3 semaines, je
m'aperçois que je n'ai pas manqué grand chose à mon retour.
En ce qui concerne l'Inde, c'est le pays le plus
étrange, dépaysant, déconcertant, que j'ai jamais vu. Il n'y a pas de juste
milieu : quand c'est du bon côté, c'est grandiose, quand c'est du mauvais côté,
c'est atroce.
Exemples :
La rue : c'est la jungle, point final. Soit tu te
lances dans la jungle, avec ses risques, soit tu n'y vas pas, mais à ce
moment tu ne sors pas de chez toi. C'est un fleuve de vélos, motos, rickshays
(genre vespas à trois roues qui peuvent transporter deux personnes à l'arrière),
autos, qui ignore les piétons, les passages piétons, et tout ce qui pourrait
arrêter la progression, sauf les vaches bien entendu ! Soit tu suis le
mouvement, sois tu te fais écraser. Le piéton n'existe pas parce qu'il ne va
pas dans le bon sens, le tout dans un concert de klaxons assourdissant. Le
plus surprenant, c'est qu'il n' a absolument aucune agressivité dans leur
comportement, aucun geste déplacé, simplement un fleuve humain qui passe et
qui t'emporte.
La gare : c'est aussi la jungle, ainsi que tous
les endroits où il y a de l'attente. Des centaines de personnes qui font la
queue, un fonctionnaire qui, pendant ce temps boit son thé derrière sa
vitre, et des gens collés les uns aux autres, parce que dès qu'on laisse un
petit espace, il y en a un aussitôt qui se glisse dans celui ci. La plus
petite civilité n'existe pas ici, et ce qu'on reproche généralement aux
français est au centuple : on passe devant, on pousse, on joue des coudes, on
triche, mais,encore une fois, sans agressivité, c'est assez bizarre. La
solution, comme partout, c'est le bakshish. Du matin au soir, tout s'achète,
les papiers, les billets, etc. Corruption généralisée, à tous les niveaux.

La seule agressivité que j'ai vu, c'est à l'égard
des "intouchables". Dans une file, une femme d'une soixantaine d'années
s'est fait littéralement éjecter par des dizaines d'hommes, dur à
supporter, et un jour, dans la rue, alors que je donnais une pièce à un
gamin, un homme s'est interposé en me disant qu'ici on ne donnait rien aux
mendiants et qu'il me fallait respecter leur culture !
La rue, c'est encore des centaines de gens qui
vivent et dorment sur les trottoirs, sales, estropiés, qui agitent leurs
moignons (lèpre), des gamins de 5 ans qui circulent avec un bébé dans les
bras à la recherche de pièces, des hommes de soixante, soixante dix ans qui
essaient tant bien que mal de traîner les touristes sur leurs vélos, (on a
essayé une fois, vu que tu es sans cesse sollicité pour ce genre de déplacement,
et que beaucoup vivent de cette façon, mais on a dû s'arrêter dans une côte
!). (forcément, t'as vu le poids du baroudeur tranquille :-)) note du
traducteur).

vu les pompes bien cirées du touriste ?
Globalement, les gens sont durs, et s'accrochent
à toi, te suivent dans la rue, te posent des questions, et toujours, il y a
un intérêt, que tu ne perçois pas au premier abord : t'emmener chez tel
commerçant (tissu, bijoux, vêtements...) chez qui ils ont un pourboire, ou
simplement une pièce pour un renseignement.
Le marchandage est de mise, que ce soit pour les
tomates ou les voitures, et tu as intérêt à savoir faire, car tu te fais
plumer. Moi, ma copine, d'origine algérienne, était rompue à ces pratiques,
donc je n'ai payé que le double !
L'activité est débordante, jour et nuit. Sur le
drapeau, il y a un rouet symbolisé qui a 24 rayons qui veut dire qu'ils
doivent travailler 24h sur 24, ce qu'ils font ! Contrairement à ce que je
pensais, les hôtels sont bien tenus, il n'y a pas de cafards, et seule la
propreté, toujours, partout, laisse à désirer. Mais quand on voit comment
ils lavent dans les rivières polluées, on ne se pose plus ces questions.
L'informatique est partout, dans le moindre
recoin, les portables aussi. C'est drôle de voir la haute technologie cotoyer
la misère la plus crue. Au vu de ce que j'ai pu constater, je pense que dans
vingt ans ils sont à notre niveau dans tous les domaines, mais que le
capitalisme va y être tellement sauvage, à l'image du pays, que le fossé
entre classes va encore se creuser. Une grosse classe moyenne émerge
cependant, qui n'a qu'une envie, gagner de l'argent et réussir et qui est prête
à tout. Et comme le système des castes régit tout, malheur aux vaincus !
En ce qui concerne le bon côté, c'est l'inverse.
Dès que tu as pénétré chez eux, dans leur cercle intérieur, famille,
amis, ils sont les plus charmants qui soient, prévenants, adorables. La
famille est sacrée, on fait travailler la famille, on vit en famille, et l'étranger
est le bienvenu.

En ce qui concerne le patrimoine, on se croirait
au pays des mille et une nuits : palais merveilleux,

où les maharadjas vivent
encore parfois, et qu'ils ont transformés en hôtels de luxe, histoire
partout présente, temples aux sculptures extraordinaires, peintures, etc. Des
temples, il en existe autant que leurs dieux sans doute, (il paraît qu'il y
en a 300 millions !!!), et là encore tu sens le poids du présent : dans un
temple jaïn (les jaïns sont ceux qui ont renoncé à tout : ils vivent nus,
le corps couvert de cendres, et parcourent le pays ne restant jamais plus de 4
jours au même endroit), ils se déplacent avec des balais pour ne pas écraser
les fourmis et autres bestioles car ils respectent la vie plus que tout, l'un
d'eux m'approche, m'entraîne vers une idole et me propose de la photographier
contre une pièce (alors que c'est formellement interdit et que tu peux
risquer la prison à le faire). Je fais le con, celui qui ne comprend pas et
m'en vais.
A Jaipur, on assiste à une procession en faveur
de je ne sais plus quelle déesse, et là, du jamais vu : éléphants décorés,
chameaux, chevaux de parade, gardes habillés comme dans les films de Cécil
B. de Mille, couleurs, tambours, trompettes, etc. On a en vu plusieurs ainsi,
tout au long du voyage, étant donné que la vie religieuse est tellement
intense qu'il ne se passe pas une seconde où il n'y a rien.
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